Pascal Bonafoux
Robert McLiam Wilson
Alix de St-André
Jean-Marie Laclavetine
Jean-Michel Frodon, Les Cahiers du Cinema
Anne Madelain
Clémence Boulouque
Rodolphe Burger
Hans Christoph Buch
Françoise Wuilmart
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À tout le monde au Centre André Malraux
Merci de m’avoir fait venir à Sarajevo.
Sarajevo est spectaculaire
Se trouver à cet endroit-là à ce moment-là, c’est découvrir quelque chose quant à la nature de l’Europe, à son mystère et à sa souffrance, c’est se confronter à la question insoluble de savoir où commence et finit l’Europe. Voir les marques toujours si nombreuses sur la trame de la ville et sur le tissu social de ses habitants est une expérience hallucinante quand on se rappelle que Vienne n’est qu’à une heure de vol, que l’Italie est juste à côté. Sarajevo est une ville de taille moyenne, quotidienne, ordinaire et immédiatement reconnaissable située sur le bloc continental européen, et pourtant Sarajevo est toujours le plus étrange des lieux étranges.
Les VIIIe Rencontres européennes du livre de Sarajevo ont réuni des écrivains et des journalistes venus de toute l’Europe, des Etats-Unis et de la Bosnie elle-même afin de rencontrer quelques-uns des habitants de cette ville. Ces derniers ont montré de l’intérêt et de la patience pour les mots maladroits que nous, les étrangers, nous nous sentions obligés de prononcer à propos de ce lieu. Ils ont montré de l’endurance et de la curiosité en venant assister à un programme de manifestations éreintant. Et ils étaient d’une grande, d’une très grande politesse, les citoyens de Sarajevo, car ils n’ont souligné ni notre ignorance ni notre inexpérience. Ils n’ont pas fait valoir leurs droits sur la souffrance, ils n’ont pas mis de veto sur nos droits à la commenter. Ils ont été le parfait exemple de la plus belle façon de se comporter.
Car on peut dire qu’ils avancent, là-bas. Ils ont atteint l’étape suivante. Après leur traumatisme, leur moment de célébrité télévisée, ils ne semblent pas vouloir rester sur place. Déjà aujourd’hui, Sarajevo ne veut plus de sa notoriété comme champ de bataille. La ville est fière d’elle-même et de ses habitants pour d’autres raisons. Ce qui, comme je viens de Belfast, me paraît être quelque chose d’extraordinaire. Une véritable grâce, et je ressens donc de la honte pour le lieu où je suis né et pour son refus entêté de regarder vers son avenir.
Mon expérience dans cette ville m’a profondément touché, c’était également, et surtout, un moment de grand plaisir. On peut presque mesurer la sensibilité d’un peuple à la gentillesse avec laquelle il traite les Irlandais ivres, et ils m’ont traité avec une grande gentillesse. Évidemment, Sarajevo nous apprend que l’artillerie est une chose des plus sérieuses, on ne peut pas ignorer cela. Mais Sarajevo nous apporte aussi la prodigieuse sensation de pouvoir entendre, dans la même rue, l’appel à la prière du muezzin et les cloches d’une église. De voir des visages que l’on ne voit nulle part ailleurs, d’entendre la musique incompréhensible d’un langage véritablement différent.
Sarajevo est spectaculaire. Je reviendrai certainement. La prochaine fois, je ne parlerai pas, j’écouterai.
Robert McLiam Wilson
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