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- Centre Georges Pompidou, hommage au Centre André Malraux
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« Il est des cas, et ils ne sont pas rares, où une seule semaine, un seul jour, une seule heure, balaie tous les vestiges et les jalons d’une félicité mémorable ; ou la ruine se propage plus vite que les averses sur le flanc des montagnes. Où « c’était » et « ce n’est plus » sont des mots prononcés par la même personne à la même minute ; où le soleil, qui a midi éclairait un univers stable et prospère, découvre, bien avant le crépuscule, un naufrage absolu ».
Quand je pense à Francis à Sarajevo, je pense à Don Quichotte.
Je pense à la phrase de Cocteau dans « Thomas L’imposteur » : « A l’impossible on est tenu ».
Je pense aux raisons – les « bonnes », les « ambiguës » - qu’un habitant d’un pays en paix a de se rendre dans un pays en guerre.
Je revois la chambre d’enfant que Francis et moi partagions chez Miro et Mirsada. La nuit, les bruits d’explosions dehors qui m’inquiétaient moins que le terrible son des dents de Francis grinçant dans son sommeil.
Je revois tous ces visages Bosniaques, amis ou inconnus, pâles comme des tombeaux – ces hommes, femmes, enfants, transformés en rats de laboratoires par les fascistes Serbes, sous l’œil morne, charitable et lâche du reste du monde.
Je pense à la Tchétchénie, sœur cadette de la Bosnie – et ça dure et ça dure.
Je revois ce cimetière musulman de Sarajevo, avec ses tombes bombardées – même les morts n’étaient pas assez morts.
Je pense au film que je n’ai pas fait à Sarajevo.
Je revois ce carrefour de Sarajevo, où était stationné un tank de la FORPRONU. Le canon de ce tank était dirigé vers une colline, d’où tiraient régulièrement des snipers serbes. Mais les tankistes avaient ordre de ne pas réagir à ce qu’on appelait les « provocations » des serbes.
Je pense à Srebrenica, une autre « provocation » à laquelle personne ne répondra jamais. On ne pourra plus jamais dire « Plus jamais ça ».
Je pense aux bruits de leurs bottes serbes, au froufrou de nos pantoufles charentaises.
Et : Chaque flocon de neige de l’avalanche plaide non coupable.
Pour finir ce rêve relaté par Jean Cayrol, qui me fait penser à ce à quoi les Bosniaques ont échappé – Ils n’ont pas pris le visage de leur bourreau : « Un homme vient d’être tué ; il est sur la plancher, couvert de sang. L’assassin s’approche de lui, se penche sur son visage et, de ses mains patientes, commence à la défigurer, il travaille ses traits, creuse ses rides, agrandit sa bouche afin que la victime puisse avoir la tête même de son assassin et supporter dans sa mort tout le poids du crime ».
Je salue et remercie Francis, ses amis du Centre, et les habitants de Sarajevo et de Bosnie.
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